Posez la question autour d’une table, entre amis, après le deuxième verre. Vous obtiendrez des chiffres délirants. Une demi-heure. Une heure. « Facile. » Les gens mentent, ou alors ils comptent les préliminaires, le film qui passait en fond et la pause pipi. La réalité mesurée en laboratoire — enfin, mesurée par des couples avec un chronomètre à la maison — est beaucoup plus terre à terre.
Le chiffre que personne n’ose dire
L’étude la plus citée sur le sujet date de 2005, menée par Eric Corty et Jenay Guardiani. Ils ont demandé à des sexologues, membres de la Society for Sex Therapy and Research, d’estimer les durées. Puis d’autres chercheurs ont fait mieux : ils ont donné des chronomètres à 500 couples dans plusieurs pays, sur quatre semaines, avec pour consigne de déclencher au moment de la pénétration et d’arrêter à l’éjaculation.
À ce propos, Avis de Julie apporte un vrai plus.
Le résultat ? Une médiane de 5,4 minutes.
Cinq minutes et des poussières. Le pénis dans le vagin, rien d’autre. Pas les baisers, pas le déshabillage, pas ce qui se passe avant ou après. Juste la partie que tout le monde surestime.
Et l’écart est énorme d’un couple à l’autre. Le plus rapide de l’étude tenait 33 secondes. Le plus endurant, 44 minutes. Les deux étaient dans la même fourchette de « normal », parce que la normalité, ici, ressemble moins à une note qu’à un continent.
Pourquoi la moyenne ne veut pas dire grand-chose
On adore les moyennes. Elles rassurent ou elles angoissent, c’est selon. Mais une moyenne de 5 minutes cache une distribution complètement étalée. La plupart des rapports tombent entre 3 et 7 minutes, et à peu près tout ce qui se situe entre 1 et 10 minutes est considéré comme banal par les cliniciens.
En dessous d’une minute de façon récurrente, avec une gêne réelle, on commence à parler d’éjaculation précoce. Au-delà de 25-30 minutes, régulièrement, sans jamais parvenir à conclure, il existe aussi un nom : l’éjaculation retardée. Les deux extrêmes posent problème quand ils dérangent la personne ou le couple. Le reste, c’est juste de la variété humaine.
Un détail qui compte : l’âge. Les couples plus jeunes avaient tendance à aller plus vite dans les mesures. Rien d’étonnant. Ce qui casse un autre mythe au passage — non, plus long ne signifie pas plus jeune ni plus performant.
Ce que les films nous ont mis dans la tête
Le problème vient d’ailleurs. Le porno tourne des scènes de vingt, trente minutes, coupées, remontées, avec des acteurs qui font ça pour vivre. Les comédies romantiques suggèrent des nuits entières. On grandit avec ces images, et forcément, cinq minutes chrono ressemblent à un échec.
Ce n’est pas un échec. C’est la médiane mondiale.
J’ai vu passer assez de témoignages pour être convaincu d’une chose : la majorité des angoisses de « performance » naissent d’une comparaison avec une fiction. Un homme qui dure quatre minutes et qui pense que la norme est vingt va se créer un stress inutile, lequel — ironie complète — a tendance à raccourcir encore la durée. Le cerveau qui surveille tue le corps qui profite.
La durée n’est pas le bon indicateur
Voilà ce que les études ne mesurent pas, et qui pèse pourtant beaucoup plus lourd : la satisfaction. Plusieurs travaux sur la sexualité féminine rappellent qu’une bonne partie des femmes n’atteint pas l’orgasme par la seule pénétration, quelle qu’en soit la durée. Autrement dit, allonger le chrono ne résout pas grand-chose si le reste est bâclé.
Les préliminaires, l’attention, le rythme, la communication banale du style « là, oui, comme ça » — tout ça pèse davantage que le nombre de minutes affiché sur une montre imaginaire. Un rapport de trois minutes précédé de vingt minutes de tendresse et suivi d’un vrai moment ensemble bat un marathon mécanique et silencieux. À chaque fois.
Alors, combien de temps « faut-il » ?
Il n’y a pas de « faut-il ». C’est bien ça, la vraie réponse des études.
Si je devais donner un repère utile, ce serait celui-ci : entre trois et treize minutes de pénétration, la plupart des couples se déclarent satisfaits. C’est la fourchette que des sexologues comme Corty ont qualifiée d’« adéquate » à « désirable ». En dessous, on peut travailler dessus si ça pose souci. Au-dessus, tant mieux, à condition que ce ne soit pas une corvée.
Le chiffre à retenir n’est donc pas cinq minutes. C’est plutôt : arrêtez de compter. Le chronomètre est le pire invité qu’on puisse glisser dans un lit. Les couples qui vont bien ne connaissent pas leur durée moyenne, et ils s’en portent très bien.